Litige avec un client ou un fournisseur : les étapes avant le tribunal de commerce

Un litige commercial désigne tout désaccord né d’une relation d’affaires : facture impayée, prestation contestée, livraison non conforme. Pour un dirigeant de TPE ou PME, la tentation de saisir directement le tribunal de commerce existe, mais plusieurs étapes préalables permettent souvent de régler le différend plus vite et à moindre coût. Voici les six étapes à connaître, dans l’ordre logique d’une procédure bien menée.

1. Relancer et mettre en demeure

Avant toute démarche formelle, une relance écrite adressée au client ou au fournisseur défaillant constitue le premier réflexe. Un courrier électronique ou un courrier simple rappelant la nature de l’obligation, la date d’échéance et le montant dû suffit à débloquer bon nombre de situations.

Si cette relance reste sans effet, l’étape suivante est la mise en demeure. Ce courrier, envoyé en recommandé avec accusé de réception, formalise la demande et fixe un délai raisonnable pour que le débiteur s’exécute. La mise en demeure n’est pas une simple lettre de rappel : elle marque juridiquement le point de départ d’éventuels intérêts de retard et prouve la volonté du créancier d’obtenir satisfaction.

Lorsqu’un litige se durcit dès ce stade, solliciter un avocat droit des affaires Paris permet de calibrer la mise en demeure et d’évaluer la solidité du dossier avant d’aller plus loin.

2. Rassembler les preuves (contrat, devis, échanges)

Parallèlement à la relance, le dirigeant doit constituer un dossier de preuves solide. En matière commerciale, la preuve est libre entre commerçants, ce qui signifie que tous les supports sont recevables : contrats signés, bons de commande, devis acceptés, factures, courriels, messages, captures d’écran.

L’enjeu est de reconstituer la chronologie des engagements et des manquements. Chaque pièce doit être datée et classée. Un dossier bien organisé accélère toutes les étapes suivantes, qu’il s’agisse d’une médiation ou d’une procédure judiciaire.

  • Conserver les échanges écrits dans leur format d’origine (courriel complet avec en-têtes, captures horodatées) plutôt que de simples copier-coller
  • Vérifier que le contrat ou les conditions générales précisent les obligations respectives, les délais et les pénalités éventuelles
  • Archiver les preuves de livraison ou d’exécution (bons de transport, procès-verbaux de réception, rapports d’intervention)

Avocat rédigeant une lettre de mise en demeure dans un cabinet juridique pour résoudre un litige fournisseur avant le tribunal de commerce

3. La médiation et les modes amiables

Les modes amiables de résolution des litiges regroupent la médiation, la conciliation et la négociation directe assistée. Leur objectif commun : trouver un accord sans passer par un juge.

Entre entreprises, la médiation des entreprises est un dispositif volontaire et confidentiel. Un médiateur professionnel, tiers neutre, aide les parties à identifier une solution acceptable. Ce mécanisme se distingue de la médiation de la consommation, réservée aux litiges entre un professionnel et un consommateur.

La conciliation, quant à elle, peut être menée par un conciliateur de justice rattaché au tribunal de commerce. La démarche est gratuite et peut aboutir à un accord homologué par le juge, ce qui lui confère force exécutoire. Dans les deux cas, l’échec de la tentative amiable n’empêche pas de saisir ensuite le tribunal.

4. L’injonction de payer

Lorsque le litige porte sur une créance d’argent et que le débiteur ne conteste pas réellement la dette, la procédure d’injonction de payer offre une voie rapide. Le créancier dépose une requête auprès du greffe du tribunal de commerce compétent, accompagnée des pièces justificatives.

Le juge examine le dossier sans audience ni débat contradictoire. S’il estime la créance fondée, il rend une ordonnance portant injonction de payer, qui est ensuite signifiée au débiteur par un commissaire de justice.

Le débiteur dispose alors d’un délai pour former opposition. En l’absence d’opposition, l’ordonnance acquiert force exécutoire et permet d’engager des mesures de recouvrement forcé (saisie sur compte bancaire, saisie de biens). Si le débiteur conteste, l’affaire bascule vers une procédure contradictoire devant le tribunal.

5. La saisine du tribunal de commerce

Le tribunal de commerce est la juridiction compétente pour les litiges entre commerçants, entre sociétés commerciales ou relatifs aux actes de commerce. Sa saisine intervient généralement après l’échec des démarches amiables.

La procédure débute par une assignation, acte délivré par un commissaire de justice au défendeur, qui fixe la date d’audience. Le demandeur doit justifier de ses prétentions par un dossier argumenté. Selon Service Public Entreprendre, la représentation par avocat est en principe obligatoire devant le tribunal de commerce, avec des dispenses prévues notamment selon le montant de la demande et la nature de la procédure. Il faut donc vérifier les règles applicables au dossier avant de saisir la juridiction.

  • Déterminer le tribunal territorialement compétent : en principe celui du lieu du siège social du défendeur, sauf clause attributive de compétence dans le contrat
  • Préparer les conclusions écrites résumant les faits, le fondement juridique et les demandes chiffrées
  • Anticiper les frais de procédure : droits de greffe, honoraires d’avocat et éventuels frais d’expertise judiciaire

Le jugement rendu peut faire l’objet d’un appel devant la cour d’appel si le montant du litige dépasse un certain seuil. La durée de la procédure varie selon les juridictions et la complexité de l’affaire.

6. Anticiper les litiges dans ses contrats et conditions générales

La meilleure gestion d’un litige commercial commence avant qu’il ne survienne. Rédiger des contrats clairs et des conditions générales de vente ou d’achat précises réduit considérablement le risque de contentieux.

Plusieurs clauses méritent une attention particulière : la clause de règlement des différends (médiation préalable obligatoire, tribunal compétent désigné), les pénalités de retard et la clause résolutoire permettant de mettre fin au contrat en cas de manquement grave.

Les conditions générales doivent être acceptées par le cocontractant avant la conclusion de la vente ou de la prestation. Une signature ou une case cochée sur un bon de commande suffit, à condition que le document ait été communiqué de façon lisible. Ce formalisme, parfois négligé par les TPE, constitue le socle de toute action future en cas de litige.

Un contrat bien rédigé ne supprime pas les désaccords, mais il fixe un cadre qui accélère leur résolution. Le dirigeant qui investit du temps dans ses documents contractuels s’épargne souvent des mois de procédure et des frais bien supérieurs au coût initial de la rédaction.

Ne manquez rien